Sertir des raccords PER ou multicouche : le guide

Le sertissage a largement détrôné la soudure dans la maison neuve, et pour de bonnes raisons : pas de flamme, pas de savoir-faire à acquérir pendant des heures, un assemblage fiable en quelques secondes. Sertir des raccords PER ou multicouche, c’est avant tout de la mécanique : une bague métallique qu’on écrase autour du tube pour le verrouiller sur un raccord équipé de joints. Tout l’enjeu tient dans la rigueur de la préparation et le bon couple pince / profil. Une fois la méthode comprise, tu enchaînes ton réseau au rythme d’un pro. Voici le guide complet : le principe, le matériel, les 6 étapes et le contrôle qualité qui garantit zéro fuite.

UN RACCORD A SERTIR EN COUPE La bague inox ecrase le tube sur les joints toriques : etancheite definitive EAU 1 2 3 4 5 tube visible = a fond 1 Tube PER ou multicouche coupe droit, calibre et chanfreine 2 Bague inox a sertir la pince l'ecrase, deformation definitive 3 Joints toriques (x2) c'est eux qui assurent l'etancheite 4 Corps laiton + butee le tube glisse sur le tenon jusqu'au fond 5 Temoin d'enfoncement fenetre de controle : tube vu = bien insere PAS DE FLAMME, PAS DE COLLE : juste de la mecanique

Sertir un raccord : comment ça marche

Le sertissage repose sur une déformation mécanique permanente. Le raccord est composé d’un corps en laiton muni d’un tenon central (sur lequel le tube vient s’emboîter) et d’une bague en inox sertie d’usine sur l’extérieur. Sur le tenon, un ou deux joints toriques (les petits anneaux en caoutchouc) assurent l’étanchéité dès que le tube est en place.

Quand tu referme la pince à sertir sur la bague inox, tu l’écrases selon un profil précis. Cette pression plaque définitivement le tube contre le tenon et contre les joints toriques. Le tube ne peut plus ressortir (il est mécaniquement bloqué) et l’eau ne peut plus passer (les joints sont comprimés). C’est un assemblage irréversible : un raccord serti ne se démonte pas, il se coupe.

Deux idées gouvernent toute la suite, exactement comme la capillarité gouverne la soudure du cuivre :

  • Ce sont les joints toriques qui étanchent, pas le métal. Le moindre joint blessé, pincé ou mal lubrifié, et tu as une fuite. La préparation du tube vise à protéger ces joints.
  • Le sertissage va jusqu’au bout ou ne sert à rien. Une bague à moitié écrasée tient en apparence et fuit sous pression. Le cycle de la pince doit toujours être mené à son terme.

Conseil : avant de te lancer, sois au clair sur le choix du matériau et des diamètres. Tout est détaillé dans cuivre, PER ou multicouche : quel choix. En résumé, le multicouche se sertit aussi bien en apparent qu’encastré, le PER se réserve plutôt aux départs sous gaine depuis une nourrice.

Sertissage ou glissement : deux systèmes à ne pas confondre

Question

Le sertissage n’est pas le seul mode d’assemblage sans soudure. Son grand concurrent est le raccord à glissement (aussi appelé à sertir-glisser, popularisé par Rehau ou Comap). Le principe est différent : on dilate le bout du tube avec un outil d’expansion, on l’enfile sur le raccord, puis on glisse une bague par-dessus à l’aide d’une pince. Pas de joint torique : c’est l’élasticité du tube qui plaque tout. Réputé très fiable dans le temps, mais matériel et raccords plus chers.

flowchart TD A{Quel systeme sans soudure ?} -->|Le plus repandu,
controle visuel facile| B[SERTISSAGE] A -->|Sans joint torique,
tres fiable encastre| C[GLISSEMENT] B --> D[Pince a machoires
+ profil TH / U / B] C --> E[Outil d'expansion
+ pince a glissement] D --> F[Controle : double
empreinte + temoin] E --> G[Controle : bague
au ras de la collerette] style A fill:#0F4C81,stroke:#0F4C81,color:#fff style B fill:#56C6A9,stroke:#56C6A9,color:#fff style C fill:#F58220,stroke:#F58220,color:#fff style D fill:#56C6A9,stroke:#56C6A9,color:#fff style E fill:#F58220,stroke:#F58220,color:#fff style F fill:#FDFCF9,stroke:#C67A3C,color:#0F4C81 style G fill:#FDFCF9,stroke:#C67A3C,color:#0F4C81

Attention : sertissage et glissement ne sont pas interchangeables. Un raccord à sertir d’une marque ne se monte pas avec la pince d’une autre, et un raccord à glissement n’a rien à voir avec un raccord à sertir. Choisis un seul système et une seule marque pour tout ton chantier. C’est la règle d’or qui t’évite les mauvaises surprises au moment de commander des raccords supplémentaires.

Le matériel pour sertir

L’investissement de départ est plus élevé qu’en soudure, mais il n’y a aucun consommable et la pose est nettement plus rapide. Le poste central, c’est la pince.

Matériel Rôle Repère / budget
Pince à sertir Écraser la bague inox Manuelle 100-250 EUR, électrique 400 EUR +
Mâchoires (par diamètre) S’adaptent à la pince Au bon profil : TH, U ou B
Coupe-tube / ciseau à tube Couper net et d’équerre Lame ou molette, 15-40 EUR
Calibreur-ébavureur Recalibrer + chanfreiner 1 outil par diamètre, ou multi
Mètre + crayon Repère d’enfoncement Indispensable au contrôle
Raccords à sertir Coudes, tés, manchons 3 à 8 EUR pièce selon Ø

La pince manuelle convient parfaitement pour un chantier de maison individuelle, surtout en diamètres courants (16, 20, 26). La pince électrique (à batterie) devient intéressante au-delà de 26 mm ou si tu as des centaines de raccords : elle mène le cycle toute seule jusqu’au bout, ce qui supprime le risque de sertissage incomplet.

Conseil : pour un chantier ponctuel, loue la pince (15 à 40 EUR/jour) plutôt que de l’acheter. La plupart des loueurs fournissent le coffret avec les mâchoires 16-20-26. Vérifie juste que le profil des mâchoires correspond à la marque de tes raccords avant de partir avec.

Les profils de sertissage : TH, U, B

C’est le point qui déroute le plus les débutants. Le profil, c’est la forme de l’empreinte que la mâchoire laisse sur la bague. Chaque fabricant de raccords impose un profil, et la mâchoire doit lui correspondre exactement.

Profil Forme de l’empreinte Marques fréquentes (exemples)
TH Double point arrondi Le plus répandu en GSB
U (ou H) Empreinte en U large Systèmes pro courants
B Empreinte spécifique Certaines gammes dédiées

Mâchoire et raccord doivent parler le même profil. Une mâchoire TH sur un raccord prévu pour profil U fait un sertissage non conforme, donc une fuite potentielle. Beaucoup de coffrets et de raccords sont en TH dans le commerce grand public, mais ne le suppose jamais : lis l’emballage des raccords et vérifie le marquage des mâchoires.

PER ou multicouche : ce qui change au sertissage

Le geste est quasi identique, mais quelques détails diffèrent entre les deux tubes.

  • Le multicouche se coupe au ciseau à tube (lame) ou au coupe-tube à molette. Son âme aluminium impose un calibrage soigné après coupe : le tube doit retrouver un rond parfait pour que les joints toriques portent bien. Le chanfrein est obligatoire.
  • Le PER se coupe aussi au ciseau. Plus souple, il se recalibre tout seul, mais le chanfrein reste recommandé pour ne pas rouler le joint torique à l’insertion. Vérifie le diamètre intérieur, qui peut varier selon la gamme.

Dans les deux cas, l’outil calibreur-ébavureur fait les deux opérations d’un coup : il redonne le rond à l’intérieur et taille le biseau extérieur. C’est l’outil le plus négligé et le plus important du lot.

LES 6 ETAPES DU SERTISSAGE Un raccord se sertit une seule fois : pas de reprise possible 1 Couper droit Coupe-tube ou ciseau a tube. Coupe nette, d'equerre, sans bavure. 2 Calibrer et chanfreiner Outil calibreur : redonne le rond + biseau. Protege le joint torique. 3 Inserer a fond jusqu'au temoin Pousser le tube jusqu'a la butee. Tube visible dans la fenetre. 4 Positionner la pince Bon profil, bon diametre. Machoire perpendiculaire, dans la gorge. 5 Sertir : cycle complet Aller au bout du cycle (declic / fin de course). Jamais a moitie. 6 Controler Double empreinte marquee, tube enfonce, etiquette de controle. LE PROFIL = LA CLE La machoire doit correspondre au profil du raccord : TH - U(H) - B 1 marque = 1 profil CALIBRER = VITAL Le chanfrein evite de blesser le joint torique a l'insertion. Joint blesse = fuite UN SEUL COUP Le sertissage est definitif et irreversible. Mal serti ou non serti ? On coupe et on refait.

Les 6 étapes pour sertir un raccord

L’ordre compte autant qu’en soudure. La majorité des fuites de sertissage vient d’une étape escamotée : tube mal enfoncé, joint blessé au calibrage manqué, ou bague sertie à moitié.

1. Couper droit

Utilise un coupe-tube à molette ou un ciseau à tube. La coupe doit être nette et d’équerre. Une coupe de biais empêche l’insertion à fond et fait porter le joint torique de travers. Évite la scie à métaux, qui laisse une coupe irrégulière et des copeaux.

2. Calibrer et chanfreiner

Glisse l’outil calibreur dans le tube et tourne. Il recalibre l’intérieur (essentiel pour le multicouche, dont l’alu se déforme légèrement à la coupe) et taille le chanfrein extérieur. Ce biseau est ce qui permet au tube de coiffer le tenon sans rouler ni blesser les joints toriques. Sauter cette étape, c’est la première cause de fuite sur un raccord serti.

3. Insérer à fond jusqu’au témoin

Pousse le tube jusqu’à la butée du raccord, avec un léger mouvement de rotation. La plupart des raccords ont une fenêtre de contrôle (le témoin d’enfoncement) : tu dois voir le bout du tube apparaître dedans. À défaut de fenêtre, repère au crayon la profondeur d’emboîtement sur le tube avant insertion, et vérifie que la marque arrive au ras de la bague.

4. Positionner la pince

Choisis la mâchoire au bon diamètre et au bon profil. Place-la perpendiculaire au tube, la gorge de la mâchoire bien logée dans la gorge prévue de la bague (pas en travers, pas à cheval sur deux raccords). Une mâchoire de biais donne une empreinte incomplète.

5. Sertir : cycle complet

Referme la pince et va jusqu’au bout du cycle : déclic sonore, fin de course mécanique, ou voyant sur une pince électrique. Avec une pince manuelle, c’est ta force qui mène le cycle : ne relâche jamais à mi-course. Un demi-sertissage est le pire cas : ça tient au montage et ça lâche en service.

6. Contrôler

Vérifie immédiatement la double empreinte marquée sur la bague (signe que la mâchoire a bien travaillé), que le tube est toujours visible dans le témoin, et que rien n’a bougé. Beaucoup de pros retirent l’étiquette ou cochent le raccord une fois serti, pour ne pas en oublier un seul au moment de la mise en eau.

Bonne pratique : avant d’attaquer ton réseau, entraîne-toi sur des chutes. Sertis trois ou quatre manchons, puis tire dessus de toutes tes forces : un raccord correctement serti ne bouge pas d’un millimètre. Coupe-en un en deux pour voir le joint torique bien en place et le tube plaqué. Dix minutes d’essais t’évitent une fuite encastrée.

Contrôler un sertissage réussi

Conseil

Le grand avantage du sertissage sur la soudure, c’est le contrôle visuel. Une soudure ratée se cache à l’intérieur du joint ; un sertissage se lit à l’œil nu. Vérifie systématiquement :

  • L’empreinte de la mâchoire est nette et fait le tour : la bague porte la marque caractéristique du profil (la double indentation du TH, par exemple).
  • Le tube est enfoncé à fond : visible dans la fenêtre témoin, ou repère crayon au ras de la bague.
  • Aucun raccord oublié : un raccord non serti se voit (bague lisse, pas d’empreinte) et c’est l’erreur classique, le raccord qu’on a inséré sans sertir et qu’on retrouve par une inondation à la mise en eau.
  • La perpendicularité : l’empreinte est droite, pas en biais.

Attention : le raccord non serti est l’ennemi numéro un. Il s’emboîte parfaitement, tient en place tout seul, et rien ne le distingue au premier coup d’œil d’un raccord serti, sauf l’absence d’empreinte. Sur un réseau de 40 raccords, il suffit d’en oublier un. La parade : un contrôle méthodique raccord par raccord, et l’épreuve d’étanchéité avant toute fermeture.

Les erreurs qui provoquent une fuite

Comme pour la soudure, quand un raccord serti fuit, ce n’est presque jamais le hasard. Les causes sont toujours les mêmes :

  • Chanfrein oublié. Le bord vif du tube a roulé ou entaillé le joint torique à l’insertion. La fuite la plus fréquente, et la plus sournoise (elle suinte sous pression seulement).
  • Tube pas enfoncé à fond. Le joint ne porte pas sur toute sa surface. Toujours contrôler le témoin.
  • Sertissage incomplet. Cycle non mené à terme avec une pince manuelle. Empreinte partielle, bague pas assez écrasée.
  • Mauvais profil ou mauvais diamètre de mâchoire. Empreinte non conforme, étanchéité non garantie. Mâchoire et raccord doivent correspondre.
  • Raccord oublié. Inséré mais jamais serti. Repérable au contrôle visuel.
  • Mélange de marques. Un tube d’une marque, un raccord d’une autre, des tolérances qui ne correspondent pas. Reste sur un système homogène.

Conseil : entretiens ta pince. Des mâchoires encrassées ou usées donnent des empreintes molles. Un coup de chiffon sur les surfaces de sertissage et une goutte d’huile sur l’axe suffisent. Sur les pinces électriques, respecte les intervalles de révision du fabricant : une pince déréglée sertit mal sans prévenir.

Combien ça coûte

Pour une maison de 100 m² avec cuisine, une salle de bain, une salle d’eau et deux WC, en distribution nourrice :

Poste Coût indicatif
Tube multicouche 16/20/26 (≈ 80 ml) 200-350 EUR
Tube PER sous gaine (≈ 60 ml) 80-180 EUR
Raccords à sertir (coudes, tés, manchons) 200-400 EUR
2 nourrices (collecteurs) avec vannes 120-220 EUR
Calibreur, ciseau, accessoires 40-90 EUR
Location pince à sertir (quelques jours) 60-160 EUR
Total matériaux + outillage DIY 700-1 400 EUR
Équivalent entreprise (pose comprise) 3 500-6 000 EUR

L’écart parle de lui-même : la plomberie est l’un des lots où l’autoconstruction économise le plus, car la main-d’œuvre y pèse l’essentiel. Le sertissage rend ce lot accessible sans la courbe d’apprentissage de la soudure.

Bonne pratique : ne referme jamais une cloison, une gaine technique ou une chape avant la mise en pression du réseau. Tu montes le réseau à une pression bien supérieure à la pression de service et tu surveilles le manomètre. Un raccord oublié ou un joint blessé se trahit en quelques minutes. Trouvé avant fermeture, c’est dix minutes ; après, c’est un mur à rouvrir.

Pour situer le sertissage dans l’ensemble de ton installation, garde en tête la logique globale décrite dans comprendre le réseau d’eau d’une maison neuve, la pose des arrivées et évacuations brutes avant chape et, pour le chauffage, le réseau de chauffage central et son collecteur. Le multicouche serti y est partout chez lui.

Checklist : réussir un sertissage PER ou multicouche

  • Système et marque uniques pour tout le chantier (sertissage choisi)
  • Mâchoires au bon profil (TH / U / B) vérifiées sur l’emballage des raccords
  • Coupe nette et d’équerre (coupe-tube ou ciseau, jamais la scie)
  • Tube calibré ET chanfreiné à chaque coupe
  • Tube inséré à fond, visible dans le témoin d’enfoncement
  • Mâchoire au bon diamètre, perpendiculaire, logée dans la gorge
  • Cycle de sertissage mené jusqu’au bout (déclic / fin de course)
  • Double empreinte nette et complète vérifiée sur chaque raccord
  • Aucun raccord oublié (contrôle visuel raccord par raccord)
  • Pince entretenue, mâchoires propres
  • Épreuve d’étanchéité avant fermeture des cloisons et chape